jeudi 20 juillet 2017
alice (2)
Elle se demandait (dans la mesure où elle était capable
de réfléchir, car elle se sentait tout endormie et toute
stupide à cause de la chaleur) si le plaisir de tresser une
guirlande de pâquerettes valait la peine de se lever et
d’aller cueillir les pâquerettes, lorsque, brusquement, un
Lapin Blanc aux yeux roses passa en courant tout près
d’elle.
Ceci n’avait rien de particulièrement remarquable ; et
Alice ne trouva pas non plus tellement bizarre d’entendre le
Lapin se dire à mi-voix : « Oh, mon Dieu ! Oh, mon Dieu !
Je vais être en retard ! » (Lorsqu’elle y réfléchit par la suite,
il lui vint à l’esprit qu’elle aurait dû s’en étonner, mais, sur le
moment, cela lui sembla tout naturel) ; cependant, lorsque
le Lapin tira bel et bien une montre de la poche de son
gilet, regarda l’heure, et se mit à courir de plus belle, Alice
se dressa d’un bond, car, tout à coup, l’idée lui était venue
qu’elle n’avait jamais vu de lapin pourvu d’une poche de
gilet, ni d’une montre à tirer de cette poche. Dévorée de
curiosité, elle traversa le champ en courant à sa poursuite,
et eut la chance d’arriver juste à temps pour le voir
s’enfoncer comme une flèche dans un large terrier placé
sous la haie.
Un instant plus tard, elle y pénétrait à son tour, sans se
demander une seule fois comment diable elle pourrait bien
en sortir.
Le terrier était d’abord creusé horizontalement comme
un tunnel, puis il présentait une pente si brusque et si raide
qu’Alice n’eut même pas le temps de songer à s’arrêter
avant de se sentir tomber dans un puits apparemment très
profond.
Soit que le puits fût très profond, soit que Alice tombât
très lentement, elle s’aperçut qu’elle avait le temps, tout en
descendant, de regarder autour d’elle et de se demander
ce qui allait se passer. D’abord, elle essaya de regarder
en bas pour voir où elle allait arriver, mais il faisait trop noir
pour qu’elle pût rien distinguer. Ensuite, elle examina les
parois du puits, et remarqua qu’elles étaient garnies de
placards et d’étagères ; par endroits, des cartes de
géographie et des tableaux se trouvaient accrochés à des
pitons. En passant, elle prit un pot sur une étagère ; il
portait une étiquette sur laquelle on lisait : MARMELADE
D’ORANGES, mais, à la grande déception d’Alice, il était
vide. Elle ne voulut pas le laisser tomber de peur de tuer
quelqu’un et elle s’arrangea pour le poser dans un placard
devant lequel elle passait, tout en tombant.
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